Un récent édito de la CCI de Marseille mettait en avant le plan « merchandising » de Marseille pour être à l’avant-garde urbaine. Comment renforcer l’attractivité du centre-ville de Marseille ?
La deuxième ville de France veut reprendre en main le destin de son centre-ville pour en faire une adresse économique de premier plan pour des activités dans le champ de l’innovation et du numérique et pour devenir une destination préférentielle pour start-ups.

Le centre-ville de Marseille, localisation optimale pour des activités innovantes

« Les élus de la ville en grand renfort, commerçants, représentants consulaires et économiques, de l’immobilier et de l’innovation, réunis ce 19 avril par l’Agam au sein de Make it Marseille, une « marketplace » (ateliers partagés outillés) au cœur du 6e arrondissement, semblent converger vers une stratégie globale visant à traiter simultanément tous les problèmes : fonciers et immobiliers, déplacements (mobilité, accessibilité, connexions…), habitat et les activités dites de « centralité » (culturelles, touristiques, loisirs, services publics…).

Centre-ville de MarseilleDans un contexte de mise en place des exécutifs de la nouvelle Région (dont les compétences incluent désormais le développement économique et l’aménagement du territoire) et de la Métropole, il fut donc question de renouvellement de l’identité économique pour faire du centre-ville de Marseille une adresse préférentielle pour les créateurs d’entreprises, « matière première du tissu commercial », afin de créer un effet levier sur l’attractivité.

 

 

Accueil de start-ups, enjeu de compétition entre territoires

L’accueil de start-ups est devenu un enjeu de compétition extrêmement fort au niveau national et international et ces nouveaux lieux sont un élément de réponse », explique Jean-François Royer, directeur général adjoint délégué à la stratégie urbaine au sein de l’établissement public d’aménagement Euroméditerranée, qui conduit ce qui est présenté comme la plus vaste (480 ha) opération de restructuration urbaine en Europe.

« On s’est attaqué à des zones où l’attractivité était nulle et pauvre aux yeux des investisseurs. Aujourd’hui, de grandes signatures internationales s’y sont ancrées et la moitié des investisseurs sont aujourd’hui étrangers », encourage-t-il.

Le numérique, levier de notoriété pour les commerces de proximité du centre-ville de Marseille ?

« Dans un contexte croissant de mondialisation et d’internationalisation, les métropoles doivent être des lieux d’attraction commerciale, entrepreneuriale et d’innovation », abonde Jean-Philippe Hanff, directeur général adjoint de la Métropole en charge de la stratégie et de l’attractivité économique. Le transfuge du ‎Grand Lyon croit aussi aux industries créatives et à l’économie numérique pour faire revenir des actifs en ville : « ces nouvelles économies sont intéressantes pour le centre-ville car les start-uppers ont des profils urbains. Le centre-ville doit par définition se positionner sur ces populations en travaillant son offre », préconise le DGA, qui voit dans la smart city un laboratoire pour expérimenter « de nouvelles applications en termes d’innovation sociale, de services ou d’usages».

La culture et le tourisme pour sauver le commerce

« Attirer des activités innovantes ne peut pas être la seule voie économique, réagit Didier Bertrand, élu à la CCI Marseille Provence et gérant de l’agence immobilière Le Marquis, pour qui « la requalification du quadrilatère Canebière-Castellane / Lieutaud-Breteuil, est une priorité métropolitaine » (idée qui fédère l’ensemble des décideurs).

mucem centre-ville de Marseille« Il ne s’agit pas de plaquer sur ce territoire des modèles économiques qui ont réussi ailleurs. Quand on l’a fait par le passé, on a échoué. Inutile de vouloir reproduire l’Avenue Montaigne ou le Quartier Latin. Il faut récréer un centre-ville avec son identité propre et partir de son Ground Zéro ».

Pour ré-attirer des activités économiques, poursuit celui qui est aussi secrétaire général de la FNAIM 13, « il faut une offre qui agrège toutes les composantes : immobilier de qualité adapté aux différents usages (bureaux, loisirs, commerce, culture) et activités commerciales bien marketées. La culture est un moteur pour le centre-ville et un tremplin pour attirer de nouveaux publics, moyennant des parcours urbains facilitant la déambulation ».

Depuis 2010, la CCI Marseille Provence planche sur le sujet et défend une stratégie transcendant toutes les fonctions urbaines, articulant attractivité touristique, valorisation du patrimoine (via la labellisation Unesco), scénographie de la ville autour d’itinéraires originaux (à l’instar d’un circuit des architectes autour des bâtiments réalisés par Pouillon, Le Corbusier, Zaha Hadid), traitement d’axes clefs pour en faire des signatures du centre-ville…

Gouvernance nécessaire pour décloisonner les stratégies d’acteurs

« Couplé à la forte attractivité de l’opération Euroméditerranée et aux initiatives déjà engagées rue Paradis, le Vieux-Port, la Canebière pour requalifier ces artères … tout est enclenché pour que le centre-ville de Marseille réussisse. Pour cela, il faudra rester très structuré », insiste Laure-Agnès Caradec, présidente de l’Agam et adjointe à la Ville de Marseille en charge de l’Urbanisme, en soulignant que la Soleam (Société locale d’équipement et d’aménagement de l’aire Marseillaise) a identifié 35 îlots de renouvellement urbain, pour la plupart en centre-ville.

« Dans les projets de rénovation de centre-ville, les parties prenantes sont nombreuses. Cela nécessite une gouvernance forte et concertée, interpelle Didier Bertrand. Un véritable « Plan Marshall » devrait être établi au plus tôt avec les différents acteurs publics et privés afin de décloisonner les stratégies d’acteurs (collectivités, promoteurs, financiers, associations de commerçants, NDLR), les rendre cohérentes et dépasser les seules logiques de court terme. Pourquoi ne pas imaginer aussi une structure juridique adaptée permettant de réunir partenaires publics et privés de type syndicat mixte ? », propose-t-il tout en évoquant le levier offert par dispositif de ZFU-Territoire entrepreneurs (cf. Commerces et entreprises : des exonérations fiscales grâce à la nouvelle politique de la ville).

Il y a quelques semaines, une partie des commerçants et l’Union pour les entreprises des Bouches-du-Rhône (Medef local) avaient déjà milité en ce sens dans un moment de vive tension.

Selon l’AGAM, le 2e arrondissement aurait déclassé le 1er en termes de dynamique d’emplois

Avec près de 100 000 emplois salariés privés sur les sept premiers arrondissements, le centre-ville de Marseille est le premier pôle en volume d’emplois de la Métropole Aix-Marseille-Provence. Si le 2e arrondissement, qui concentre toutes les attentions des investisseurs tertiaires et commerciaux en raison d’une offre neuve et de qualité, enregistre une croissance de l’emploi salarié de 1,6 % entre 2009 et 2014, le 1er décroche à -7 %, avec un secteur commerce et restauration à l’arrêt.

Le secteur des services est également en souffrance (- 1 %) quasiment partout dans le centre, avec une baisse plus prononcée dans les 1er (-16 %) et 6e arrondissements.

Symbolique : le 1er arrondissement, qui était depuis 1995 le plus important en effectif d’emplois salariés privés dans le centre-ville, passe désormais en seconde position en volume derrière le 2e arrondissement, où l’emploi salarié dans le commerce de détail a bondi de prés de 300 %, résultant de l’ouverture des grands projets commerciaux entre 2009 et 2014 (Les Terrasses du Port, les Voûtes de la Major). Le secteur commerce est, en 2014, le 3e pourvoyeur d’emplois salariés après le tertiaire et le transport-logistique. »

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